IV. Retour aux Vieux-Moulins – L’entrée en scène (1)

IV. Retour aux Vieux-Moulins – J’aurais tant voulu autre chose (11)

La discussion a peut-être encore duré deux ou trois minutes, pas plus. À un moment, le chef des miliciens a fait un signe et il y en a un qui a levé sa kalachnikov. Il a tiré une rafale dans les jambes du grand Serbe, qui s’est effondré.

Puis il a abattu madame Dumortier: il s’est approché d’elle; à une distance d’un mètre, il a levé sa Kalachnikov et il lui a tiré une balle en pleine tête; madame Dumortier a basculé comme une quille.

Le lieutenant regardait à la jumelle. Je lui ai dit que je pouvais le faire. Que j’en avais envie. Le lieutenant m’a dit de ne pas bouger.

Puis les paramilitaires serbes ont abattu deux enfants.
Puis ça a été le tour du vieux, sans doute le mari de madame Dumortier.

On était toujours à observer, comme au spectacle. On ne pensait même plus qu’on aurait dû faire quelque chose, si on avait pu.

Et il y avait toujours le colosse à terre, étendu, face vers le ciel, qui tournait la tête. Il regardait de gauche à droite, de droite à gauche, il cherchait une accroche, il avait l’air étonné. Les miliciens se sont mis en rond autour de lui, ils lui ont pissé dessus avant de l’achever.

C’est seulement quand ces salauds avaient déguerpi depuis un bon quart d’heure qu’on a entendu le hurlement: c’était la mère qui venait rechercher le cadavre de son fils, Sergueï Karlovic.

J’aurais au moins voulu qu’on puisse aider madame Karlovic à enterrer son fils.