IV. Retour aux Vieux-Moulins – L’entrée en scène (1)

IV. Retour aux Vieux-Moulins – Servir et obéir (12)

On a juste fait rapport. Quelques jours plus tard, on est revenu en force dans le village. Mais il n’y avait plus personne à protéger : catholiques et musulmans étaient partis. Il ne restait plus rien que les Serbes , quelques tziganes et un vieux juif : pour l’instant, ceux-là ne risquaient plus rien.

À la cantine, nous supputâmes que le grand Serbe avait été tué pour trois raisons : la première c’est qu’il ne voulait pas qu’on fasse du mal à madame Dumortier et sa famille, la seconde c’est qu’il ne voulait pas s’enrôler dans les milices serbes d’auto-défense, la troisième c’est qu’il avait renié sa foi orthodoxe, s’il l’avait jamais eue.

Puis on est passé à autre chose. C’était la guerre et on était des soldats. Comme nous l’avait rappelé un capitaine, on était là pour exécuter des ordres, pas pour faire du sentiment.

Sur le coup, je crois bien que cet argument a porté. En tout cas, je m’y suis accroché : j’ai oublié les causes premières de mon engagement et je me suis pelotonné dans le grand corps de l’armée française. Je ne me suis plus posé trop de questions.