IV. Retour aux Vieux-Moulins – L’entrée en scène (1)

IV Retour aux Vieux-Moulins – La technique du garçon de café (3)


Avec le vieux Camille, j’en ai eu tout de suite pour mon argent : on peut dire qu’il faisait partie de la catégorie des savants. Il n’était pas monté dans la voiture de cinq minutes que j’étais déjà happé par sa logorrhée. J’ai bien écrit un peu au-dessus que son apparition lumineuse m’avait fait penser à celle des grands chanteurs, eh bien maintenant, j’étais exactement ce type au premier rang, qui se prend Amsterdam au travers de la tronche et qui se demande s’il voudra (ou pourra) émerger de son fauteuil.

Après quelques phrases de pure complaisance, Camille s’était étonné qu’un jeune comme moi se soit installé aux Vieux-Moulins. C’était une question qu’il n’était pas le premier à poser et qui me plongeait dans une extrême confusion. Je ne pouvais y apporter aucune réponse, sinon que le lieu m’inspirait quelque chose – qui était quelque chose que je ne connaissais pas, mais qui m’était cependant cher.

Un court silence s’installa.

Je me trouvais fort gêné par cette réponse alambiquée, qui présentait le double défaut de dévoiler ma tendance au désarroi solitaire tout en soulignant l’irrationalité de mes choix. Une fois de plus, j’en avais dit trop ou pas assez. Que n’avais-je eu la finesse du garçon de café? On te pose une question? Tu te saisis d’un verre pour la mise à distance et pour le reste: fais parler, opine, agrée, ponctue.

Mais Camille n’avait pas besoin d’une réponse. C’était un client facile, qui venait plus pour parler que pour écouter.