IV. Retour aux Vieux-Moulins – L’entrée en scène (1)

IV Retour aux Vieux-Moulins – Le sentiment du lieu (4)


Camille avait alors baissé sa vitre. Puis il l’avait remontée.

Malicieusement, il m’avait déclaré qu’il ne lui semblait pas que l’air qu’il venait de humer était tellement différent de celui qui se trouvait quelques kilomètres plus loin. N’était-ce pas pareil pour la lumière, les plantes ou les animaux ?
– Ben je sais pas, lui avais-je répondu.
– Pourtant je suis d’accord avec vous, il y a un quelque chose ici qui rend cet endroit différent, quelque chose qu’on ne peut ni voir, ni toucher. C’est quelque chose que vous connaissez mais dont vous ne pressentez peut-être pas l’importance… Si vous habitez aux Vieux-Moulins, vous passez tous les jours devant la plaque commémorative qu’on a mise sur la maison d’Odette Lasource. Vous voyez? C’est ce que je veux dire, il y a une charge historique dans cet endroit. Bien sûr, si vous êtes un peu malin, vous allez me dire qu’à peu près tous les lieux sont chargés d’histoire. Mais on n’y pense pas partout. Ici, c’est bien obligé, quand une maison sur quatre nous parle du passé. C’est un peu comme si vous étiez dans le centre de Florence. Vous connaissez Florence?

J’étais scotché. Le vieux avait mis les mots sur le sentiment diffus qui m’étreignait chaque fois que je passais devant cette fameuse plaque. C’était un petit cartouche de marbre bleu, avec des lettres d’or, qui était apposé sur la façade de la plus grosse maison du hameau. La maison était inoccupée, volets fermés, et je n’y avais jamais vu personne.

Depuis six mois que j’étais aux Vieux-Moulins, je n’avais pas suffisamment fait connaissance avec mes rares voisins pour aborder le sujet avec eux.