IV. Retour aux Vieux-Moulins – L’entrée en scène (1)

IV. Retour aux Vieux-Moulins – Des chats sous l’averse (9)

La guerre était comme l’orage, elle éclatait en averses, donnait l’avantage à l’un ou à l’autre -souvent au plus fourbe. On revenait quelques jours après les combats pour constater l’irréversible.

Une fois, nous nous retrouvâmes au cœur d’une escarmouche. C’était un coin tranquille, où les vieux étaient parvenus à maintenir un semblant de paix entre orthodoxes, musulmans et catholiques. Mais comme les couteaux s’aiguisent dans l’ombre, le calme était trompeur.

Ce jour-là, dès que la fusillade avait commencé, on s’était carapaté à toute vitesse. J’entends la voix du lieutenant qui, ayant pris ses instructions de la bouche-même du colonel, nous hurle : «Au véhicule, on décroche!» On avait sauté à l’arrière et on avait démarré à fond de train.
Quelques minutes plus tard, alors qu’il s’était tu jusque-là, le lieutenant nous a regardé et il nous a dit :
-On ne pouvait pas rester, ordre du colonel. Je suis désolé.
Plus tard, nous fîmes rapport.

Faire rapport était notre activité principale, comme si noircir des feuilles de papier pouvait justifier l’inaction. Remettant notre prose, nous nous sentions lâches et frustrés, piteux comme des chats sous l’averse; le colonel soupirait aussi.