Chapitre VII. Une solution transitoire

VII. Une solution transitoire – Le plan (1)

Avec cette pluie, il faut du chêne, quelque chose qui ne soit pas poisseux, quelque chose d’assez fin pour être léger, d’assez gros pour être solide ; il faut que ça colle à la paume. Voilà que tu tournes une branche de chêne dans ta paume : ce sera parfait.

Le contremaître est réglé comme un métronome. Il fait son travail, il a un programme à respecter : il passe d’homme en homme selon un ordre immuable et accorde à chacun les mêmes minutes de récrimination.

Encore deux postes à faire – deux hommes – et puis il sera là. Alors, il va falloir que tu cesses d’empiler les bûches, il va falloir que tu feignes un problème ou la fatigue. Tu lui verras les pieds, à cette crapule, tu ne lèveras pas les yeux et tu l’entendras vociférer. Ce sera très bien.

Tout se passe comme prévu. Tu te refais le scénario : les genoux à terre, face au tas de bois, tu entends le contremaître. Tu ne peux pas le regarder, c’est dangereux. Sans broncher subir le rudoiement, éponger les insultes, être servile. Le laisser monter en puissance, le laisser
devenir le maître de ton destin, endormir sa méfiance.

Puis tu as pris le morceau de bois, comme une bûche ordinaire. Tu l’as coulée dans ta paume. Tu t’es levé dans un bond et dans la détente, tu as visé la tempe et frappé, de toutes tes forces. Tu as vu le bois s’écraser sur le visage, grimace au ralenti. Il est tombé avec un bruit
mat.

Maintenant c’est le silence. Tu es debout. Frappe à nouveau. Ne cogne qu’une fois ! de toutes tes forces encore une fois, avec tout ce qu’il te reste de haine et de vigueur !