Chapitre VIII – Face au fleuve

I. Face au fleuve – La source (1)

Il faut rester dans l’indéfini car dans ce monde en perpétuel mouvement, les endroits changent de place, au gré des hésitations tectoniques et des cataclysmes. Nous dirons donc qu’au début, il y avait une source quelque part, dans un hémisphère sud.

Cela faisait sans doute déjà très longtemps que l’eau dormait sous la terre et cherchait à en sortir – sans doute aussi de l’eau avait-elle surgi ailleurs, au gré des failles et des déchirures, avec l’obstination des choses évidentes -, mais c’était la première fois que de l’eau apparaissait là, précisément là, c’est-à-dire en ce quelque part qu’on n’appellerait jamais plus autrement que « la source ».

Il y avait donc une source, quelque chose qui jaillissait du sol comme un poing fermé et qui se détendait brusquement, projetant ses doigts liquides dans un désir agglutiné ; autour : de la caillasse, du minéral, de la lave refroidie qui, peu à peu, se tacherait de bactéries dans la plus parfaite indifférence.

Dans le ciel mauve de l’ère primaire, rien ne bougeait.

La Meuse était jaillie, déjà vieille comme le monde. Et depuis lors, le fleuve coulait vers la mer. Rien n’avait arrêté son cours : éruptions volcaniques, séismes, surrections, subsidences, toutes les grandes orgues de la symphonie tectonique n’avaient pas suffi. Quant à l’explosion de la chose vivante, n’en parlons même pas.

Penser à cela pour ne pas penser à autre chose.