Chapitre VIII – Face au fleuve

VIII. Face au Fleuve – Vireux, ville-pont (12)

Vireux-Wallerand est une petite bourgade située dans un large méandre de la Meuse, reliée à la cité industrielle de Vireux-Molhain par un pont en deux tronçons, enté en son milieu sur les berges d’une île. De petites maisons de pierre bleue s’échelonnent le long du fleuve, en deux ou trois axes parallèles ; de là s’élèvent quelques ruelles, dont la plus pentue se transforme rapidement en une route, seule voie d’accès au plateau forestier ardennais.

Les commerces, ainsi que les cafés et les hôtels se sont agglutinés autour de l’église, juste en dehors de la zone critique en cas d’inondation.

Enfant, Camille adorait cet endroit. C’était le point extrême de son univers, la porte d’entrée vers un autre monde, industriel et urbain, fertile et moderne. D’ordinaire, il passait la journée avec son grand-père et rentrait sur Hargnies, le soir, une fois le camion déchargé de son bois et lesté d’une autre marchandise.

Ils se promenaient le long du fleuve, selon un rite immuable. Le vieux monsieur savait que l’enfant n’aurait pas de plus grand plaisir que d’emprunter la passerelle de bois que les Allemands avaient construite durant la guerre. Une fois le fleuve franchi, ils faisaient encore quelques pas le long du chemin de fer, jusqu’à l’énorme usine sidérurgique qui emplissait quasiment toute l’embouchure du Viroin.