Chapitre VIII – Face au fleuve

VIII. Face au Fleuve – Dans les pas du disparu (13)

Avant-hier, j’ai mis les pas dans ceux de l’enfant. J’ai suivi des fantômes, des souvenirs jamais advenus, je suis allé à Vireux. Je suis parti très exactement de la grand-place d’Hargnies, comme Camille à l’époque. J’y suis arrivé sur le coup de cinq heures du matin ; il faisait une bise glaciale ; je savais que je ne verrais pas le jour avant mon arrivée sur les bords de la Meuse.

Je me suis arrêté devant la maison de son oncle. Je suis descendu de la voiture, je me suis roulé la cigarette des grands froids et j’ai pensé très fort à lui. Moi qui ne croit ni à dieu ni à diable, j’ai mis toute mon énergie à convoquer son esprit.

Puis je suis remonté et j’ai démarré la voiture. Je me suis mis en route lentement, très lentement, comme si j’étais au volant d’un camion des Années Trente, chargé de bois jusqu’au sommet des ridelles. Je me suis reproché de n’avoir pas arrêté Camille dans son récit lorsqu’il m’en a parlé : tous les détails qui me font défaut sont les signes tangibles de sa disparition.

J’ai eu tout le voyage pour me repasser en boucle le seul signe d’agacement qu’il ait jamais manifesté à mon égard.