Chapitre VIII – Face au fleuve

VIII. Face au Fleuve – Sigmund et moi (14)

Depuis mon passage en cour d’assises, j’ai développé une méfiance féroce envers psychologues, psychanalystes et psychiatres. Globalement, tout ce qui relève du « psy » suscite ma méfiance immédiate.

Blasphème moderne : je tiens Freud pour un redoutable illuminé, un dangereux pervers, un égotiste dévoyé par ses obsessions sexuelles.

J’abhorre cette manière doucereuse avec laquelle cette caste caquetante dissèque nos moindres gestes et paroles, histoire de nous démontrer sans contestation possible que leur intuition est la bonne et que notre complexité n’est que de façade. Je hais plus encore l’espèce de fatalité qu’ils agitent comme un hochet, comme si nous étions des pions perpétuellement enchaînés à des émotions, rivés à des fonctionnements insanes.

Je pressens chez eux la sournoise envie de reconnaître dans notre humanité les turpitudes qui les habitent, à l’image des curés exorcistes traquant inlassablement la marque du démon chez des ignorants livrés à leur pouvoir.

Aux uns ou aux autres, pas de denier du culte, pas de ralliement, même temporaire ou partiel, à leur vision du monde – tout juste concéderai-je un intérêt pour les sujets qu’ils profanent – métaphysique ou ressorts cachés de nos volontés. Quant au reste, misérables et redoutables illuminés, je vous le dénie. Et m’interdis de tolérer vos raccourcis, vos démonstrations ou vos victoires : une pensée magique basée sur des suppositions qui permettent d’affirmer tout et son contraire n’est jamais qu’une entourloupe, un enfant dévoyé du rationalisme.