Chapitre VIII – Face au fleuve

VIII. Face au Fleuve – Une proposition qui ne se refuse pas (2)

Depuis la fermeture de l’Université, Camille n’avait plus aucune raison de rester à Bruxelles. On chuchotait que des cours clandestins seraient organisés, mais lorsqu’il en avait parlé avec son grand-père, celui-ci s’était presque étouffé. Il avait prévenu Camille qu’il ne faudrait pas compter sur un quelconque soutien de sa part. Puis, ayant reposé son verre de bière, il avait explosé dans une colère noire.

– Comment oses-tu, alors que nous avons le devoir de redresser le pays, m’entretenir de ce genre de projet ? Mais tu es devenu fou ! Tu n’es pas un bolchevik, tout de même ?
– Ce n’est pas ça, je veux finir mes études ! Et puis, je vais faire quoi ?
– Écoute-moi bien, Camille, lui avait dit son grand-père, je la connais ta propagande. Ce n’est pas de ma faute si les Allemands ont gagné la guerre. Il faudrait plutôt se demander pourquoi nous l’avons perdue et s’inspirer de leur exemple. En attendant, il est hors de question que je continue à t’entretenir. Si tu veux de l’argent, tu peux travailler pour moi. J’ai besoin d’un commis sur l’Ardenne : la place est pour toi, prends-là. Mais ne me demande rien d’autre. Et sache bien que si tu as des problèmes avec la police, je ne te connais pas !
– Je ne vais tout de même pas travailler pour les Boches !
– Mais qui parle de Boches ? Tu sais combien de familles je fais vivre ? Ce ne sont pas des Allemands ! Qu’est-ce que tu veux, que je ferme les usines, les charbonnages, qu’on crève tous de faim ? On sera plus avancés, tiens. On n’aura qu’à attendre que les lâches qui ont foutu le camp à Londres nous apportent des galettes et des petits pots de beurre ! Moi, la politique, cela ne m’intéresse pas. J’ai les mains dans le cambouis, moi ! Il se trouve que je fais des affaires et que j’ai besoin de clients pour faire tourner mes entreprises, c’est tout et c’est déjà bien assez comme cela. Alors tu réfléchis. Tu as une semaine.