Chapitre VIII – Face au fleuve

VIII. Face au Fleuve – Comment Camille entra en résistance (4)

Hélas pour lui, Camille ne disposait pas de cet argent. On aurait dit que son grand-père se méfiait de lui : il lui avait donné juste la somme nécessaire au voyage. Le temps de prévenir Charleroi et de voir revenir la somme nécessaire au passage, Camille fut donc bloqué à Vireux-Molhain.

La situation lui semblait absurde. Depuis quelques jours, un froid glacial avait dissipé le traditionnel brouillard hivernal. Avec l’air sec, on entendait claquer les portes d’un côté à l’autre du fleuve. Sur l’autre rive, le jeune homme distinguait parfaitement les maisons bleues de Vireux-Wallerand, le village-sœur.

Camille passait ses journées perdu dans ses pensées, dans le café situé juste en face du pont. Derrière le village, il voyait se dessiner la croupe noirâtre de l’Ardenne : au-delà des crêtes l’attendait son enfance, qu’il avait passée là-haut, au village, en compagnie d’Antoine, son cousin, un frère pour lui.

Et il y avait ce maudit pont, ce fleuve imbécile, cette guerre stupide !

Tout lui semblait vain. Un sentiment de lassitude, le même qui l’avait étreint quelques fois depuis la débâcle, l’envahissait, le submergea bientôt comme une inondation.

On est toujours surpris de constater à quel point les résolutions les plus franches sont souvent prises à la faveur d’un événement secondaire ou anodin : Camille entra en résistance parce qu’un connard de bureaucrate corrompu l’empêchait de revenir chez lui.

– Il m’avait emmerdé, tu comprends, alors j’ai eu envie de les emmerder tous autant qu’ils étaient, m’avait-il avoué en glissant distraitement une bûche dans l’insert. Ce n’était sans doute pas la meilleure raison mais avant cela, je dois bien dire que je n’avais pas trop réfléchi à ma place dans le merdier.