Chapitre VIII – Face au fleuve

VIII. Face au Fleuve – Oncle Arille (7)

Combattant valeureux, l’Oncle Arille n’avait rien du héros conventionnel. Les breloques le révulsaient et il fuyait les commémorations, auxquelles il aurait pourtant eu sa place.

Comme tant d’autres de ses camarades, il avait été enrôlé en 1914, sans avoir quasiment jamais quitté son village. Il en était parti français et en était revenu internationaliste.

Il était révolté par ce qu’il avait vu durant quatre ans, tout autant qu’il était honteux d’avoir traversé l’enfer sans blessure sérieuse. Hanté par le souvenir de la boucherie, Arille considérait qu’il était de son devoir de cracher sur la guerre et les institutions. L’Armée, l’Église, la Justice, la Nation étaient autant d’ennemis à combattre. Il débusquait leur influence jusque dans les plus petits détails de la vie quotidienne et les combattait avec une ardeur qui créait le scandale dans le petit village.

C’était une sorte de dévot, éduqué sur le tambour, qui mettait un zèle farouche à combattre toutes les propagandes, plaçant la justice et la culture au-dessus de tout. N’était son rôle économique, puisqu’il fournissait du travail à quelques dizaines de personnes au village, il eût été infréquentable, se défiant pareillement des calotins, des marxistes et des libéraux.