Chapitre IX – Montée du calvaire

IX. Montée du calvaire – Entre pluie et neige (1)

La première quinzaine de décembre 1941 fut douce mais n’augurait en rien du reste : le second hiver de guerre fut un des plus rudes du siècle. Toute la saison fut marquée par des précipitations anormales, des gelées excessives et un enneigement continu. Il fit blanc jusqu’au mois de mai, ce qui compromit les récoltes de la saison suivante, spécialement les fruits (tous les bourgeons floraux ayant gelé).

Lorsque Camille se mit en route, le 22 décembre 1941, les premiers glaçons s’agglutinaient déjà sur les berges du fleuve mais on pouvait croire que l’air s’était radouci. Une fine bruine nimbait l’air gris. Tandis que le jeune homme, excédé par son interminable attente, empoignait ses affaires et prenait la porte, un des clients du bistrot déclarait à son compère :
– Il n’aura pas fait gelant bien longtemps.

Dans le café, la discussion démarra comme une mèche d’artilleur.
– Je te dis qu’il va neiger et qu’on est partis pour un sacré coup de froid. Je veux bien manger mon chapeau si je me trompe ! avait dit l’un.
– C’est ça, je te rappelle que t’as pas encore fini de bouffer celui que tu avais gagé sur la dérouillée qu’on allait mettre aux Schleus ! répondit un autre.

Les rires fusèrent.

Tiens, c’est vrai, il pleuvine, s’était dit Camille après quelques pas en direction de la sentinelle qui montait la garde devant la passerelle que le génie allemand avait jetée sur la Meuse. Il fourra son nouveau laisser-passer dans son paletot et jeta un œil sur la rive opposée, là où les chênaies hérissaient les flancs de la vallée de leurs troncs grêles. Il pensa qu’en marchant à un bon pas, il arriverait à Hargnies vers 15 heures, avec la pause qu’il s’octroierait à mi-chemin.