Le tintamarre intérieur (51)

La traversée du désert (V)

Couples

Parfois une phrase plus intime venait rappeler que loin des yeux n’est pas forcément loin du cœur. Mûrissait lentement l’idée que nous nous reverrions fatalement un jour ou l’autre, que nous ne nous éviterions pas. Ce qui était intime était de l’ordre du passé. Nous nous abstenions de confidences actuelles. Une carte  de vœux la montrait en jeans et T-shirt sur une plage. Ses cheveux étaient parsemés de blanc mais la silhouette était la même. Par la suite, j’ai su qu’elle vivait en couple avec un collègue trois fois divorcé et père de plusieurs enfants disséminés à travers les États-Unis. Il ressemblait vaguement à Lee Marvin.

Qu’est-ce qui nous fait vivre en couple? L’amour? Le poids social? La tradition? Le désir d’enfant (l’instinct de reproduction)? La peur de la solitude? L’envie du partage, de la connivence? L’habitude? À bien y réfléchir, je n’y étais jamais parvenu très longtemps. Il devait y avoir, il doit y avoir quelque chose en moi de rédhibitoire qui s’y oppose – quoi? Retournons les questions: le respect de l’autre, de sa liberté? La recherche de la sérénité? Non, je me donne le beau rôle. C’est peut-être quelque chose de moins glorieux, une réserve perceptible dans mes engagement? Un égoïsme dissimulé sous de généreux prétextes? Je me questionnais aussi sur ma liaison avec Juliette: n’en était-ce pas la preuve indubitable? Les choses se font tout de suite ou ne se font pas, je connaissais la sentence.

Je me souviens que le dernier message électronique que j’ai adressé à Cécilia Maillart en 1999 contenait cette phrase: Mon vœu le plus sincère est que nous n’allons pas passer tout le troisième millénaire sans nous voir. Elle me rétorqua que ce millénaire ne commençait qu’en 2001 et que l’an 2000 n’était qu’un trompe-l’œil. Par un curieux raccourci mental, j’en déduisis qu’en 2001, je reverrai Cécilia Maillart.

Tout de suite ou non, il vous faudra patienter jusqu’à mardi la suite et je vous promets que la semaine prochaine, il y aura un choc.