Le tintamarre intérieur (52)

La traversée du désert (VI)

Confidences

J’ai passé les vacances de l’an 2000 en Bretagne à cause d’Alexandre. Il venait d’acheter déjà une petite maison surplombant Bréhec. Il regrettait, disait-il, de ne pas s’y trouver plus souvent. Cet été-là, sur la pelouse assez pelée du côté mer, les circonstances permirent de longs échanges plus intimes. Alexandre, vraiment adulte, était désireux d’en savoir plus long sur ma vie sentimentale. Il était au courant de l’existence de Juliette. Sur mon insistance, toujours avec ce sentiment que peut-être je ne lui proposais pas assez, elle m’avait accompagné quelques jours en Bretagne et avait même assisté à un match, plusieurs mois auparavant. Mais ce qui intéressait mon fils, c’était ce qui s’était passé sept étés auparavant.

– Tu n’as jamais eu envie de prendre l’avion et d’aller la chercher? Moi, si j’avais été plus grand, je pense que j’aurais essayé d’aller retrouver Anne-Lou. J’en étais bleu, tu sais. Et j’ai fait comme toi, j’ai renoncé. On trouve toujours de bonnes raisons pour renoncer. Je me suis dit que ce n’était pas possible, qu’il y avait le foot… Qu’il y en aurait d’autres… J’appréciais le couple que tu formais avec Maman, c’est dommage que tu ne l’aies jamais aimé passionnément, au fond. Elle prétend qu’elle t’avait charmé, qu’elle t’amusait et qu’elle t’intéressait…

– C’est vrai.

– Je me demande, alors, pourquoi c’est parti en quenouille… Et des deux côtés! Elle t’admire toujours, je suis sûr que tu le sais. Alors, que faut-il de plus pour aimer quand on a tout ça? Et l’amour est-il suffisant? Tu comprends, tout cela me semble si épars… C’est peut-être parce que c’est ma mère, tu vas m’objecter que c’est normal, mais je persiste à penser que c’était elle la femme de ta vie, qu’elle était faite pour toi, infiniment plus que Cécilia Maillart… Et pourtant, je l’aimais bien. Tiens, au fait, peux-tu m’expliquer pourquoi tu ne dis jamais presque jamais Cécilia, mais Cécilia Maillart?

– C’est probablement lié à la manière dont elle m’a été présentée. J’ai toujours pensé à elle comme à Cécilia Maillart.

– Pas trop comme Muret…

– En effet. Quand nous étions ensemble, je disais rarement son prénom seul. Je disais plutôt Cé. Comme la lettre. Elle répondait Tho, comme la lettre grecque.

– Pourquoi n’ai-je pas eu une petite sœur ou un petit frère? Par désamour, déjà?

– Pas vraiment. J’avais renoué avec Cé mais c’était tellement intermittent, tellement irréel d’une certaine façon… Faire un autre enfant à ta mère toujours tant occupée me paraissait déloyal.

– Mais pas coucher avec Cécilia Maillart.

– Non. Je sais, c’est une morale à géométrie variable. Chiara disait plus tard, puis on verra, puis elle filait… Je crois que ta maman, avec ses deux fils, elle avait sa dose. Voilà pourquoi tu n’as pas d’autre frère qu’Umberto. Il faudra t’en contenter.

Allez, courage! On approche de la fin de la traversée du désert. Et vendredi…