Le tintamarre intérieur (54)

L’appel transatlantique (I)

L’annonce

Le message était dans mon ordinateur et je l’avais ouvert sans méfiance, content de recevoir de ses nouvelles.

            Thomas,

Cela fait un mois que je le sais et je n’en peux plus de te le cacher. Depuis l’été, je ne sortais pas d’une sorte de mauvaise grippe qui n’en est pas une. Les examens sont clairs, j’ai un cancer de la plèvre. Ce crabe est vicieux, l’un des plus vicieux, il prévient trop tard, j’en ai pour disons un an, jusqu’à l’été prochain, en gros. Pour l’instant ça va, je peux même travailler (tu penses si j’en ai le goût), mais dans quelques mois, je vais littéralement étouffer.

J’ai viré, à son grand soulagement, ce Lee Marvin qui était supposé partager ma vie et qui de commun accord n’a pas vocation à partager mon agonie.

Personne n’est encore au courant en Belgique. Donc ni Nicolas (qui travaille à présent d’ailleurs au Mexique avec son oncle) ni Anne-Lou ni encore moins leur père. Je veux l’annoncer en face à mes enfants tant que je suis encore présentable. J’aurais voulu en faire de même avec toi mais comme tu me tannes le cuir pour que l’on se revoie, cela aurait été trop vache de te convoquer à Roissy pour que tu entendes ça au pied de l’avion. Je règle les affaires qui traînent ici et j’arrive, sans doute vers la mi-novembre. Je te tiens au courant. Épargne pitié, questions, etc. Moi, mourir! Eh oui, comme tout le monde. Incroyable! Dis-moi simplement que tu seras à l’aéroport.

Désolée.

C.

J’ai lu et relu le texte, stupéfait, marmonnant de stupides “pas possible” comme Jean-Paul Muret la nuit de Coxyde; une vraie douleur déferlait dans mes veines, j’avais tout imaginé – tout, sauf ça. J’avais tout imaginé sauf ça qui pourtant était possible – j’en voyais mourir, des gens de mon âge et même plus jeunes. Même mon père était mort jeune. Quelle révolte aurait pu nous secourir? Il fallait répondre au plus vite.

Thanatos surgit. Que va faire Eros? La réponse (au mail, en tout cas) vendredi.