Chapitre VIII

Les petits papillons de La Pogne

Devenu scandaleusement riche grâce à un héritage de ses parents adoptifs qu’il détestait, notre héros, Norbert Lachassaigne, a les moyens de faire savoir à Ninon la Mort de quel bois il se chauffe quand on lui vole son fils et qu’on lui refait le coup qu’il a vécu. Tout va bien? Mais allons jeter un rapide coup d’œil à Montmaur pour voir comment les choses se passent avec l’enfant volé. Et – stupeur – là aussi, tout va bien. En apparence.

Or donc, tandis que notre héros, plus résolu que jamais à récupérer son fils, prenait la route vers Toulon, afin d’y débaucher quelques larrons rescapés de la chiourme, un homme se faisait annoncer chez la châtelaine de Montmaur – détail d’importance, il avait la tête entourée d’un énorme bandage, ce qui lui donnait la silhouette d’un ballon posé sur un valet de nuit. La belle Christine de Jussieu-Fronsac était d’excellente humeur et sourit à cette vision incongrue. Elle venait à peine de prendre sa collation et se trouvait encore dans la grande salle à manger, vaste pièce aux boiseries peintes dont le mur du fond était à moitié mangé par une immense cheminée (on eût pu y rôtir un bœuf entier, ce qui permettait, l’hiver venu, de s’y blottir auprès du feu). Madame la Marquise avait passé joyeusement l’après-midi avec Antoine. Tout allait très bien. Elle trouvait que ce début d’automne était formidable. Délicate et parfumée, elle rayonnait dans sa belle robe de taffetas émeraude. Depuis quelques semaines, les relations avec l’enfant s’étaient d’abord brusquement apaisées, avant de connaître une amélioration que la ravisseuse n’espérait plus.

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