Panta Rhei – 1 – Camille Vizouchat

Un roman de P.-J. Boussingault

D’abord il faut savoir que peu de temps avant sa brutale disparition, Camille Vizouchat avait reçu une lettre.

Il faut savoir aussi que ce jour-là, il faisait un printemps du tonnerre et que le vieux était descendu soulager sa vessie au jardin. La lettre était glissée sous la porte, de sorte qu’on n’en voyait que le coin supérieur droit, mais c’était assez pour dévoiler le petit logo du centre hospitalier universitaire, duquel il craignait les résultats.

Camille Vizouchat n’était pas à cinq minutes. Il fit le détour par la cuisine pour sortir par l’entrée de service, en ouvrit la porte, descendit les quelques marches et se planta devant la haie de lauriers-cerises.

Le jet ne vint pas. Sans s’étonner, il remonta sa braguette. Soupir.

Puis il recommença l’opération à zéro. Précautionneusement, pour se donner toutes les chances de réussite, il détailla mentalement les diverses opérations nécessaires: planter ses pieds bien parallèles, s’affaisser légèrement, porter son regard vers un vide à hauteur d’homme, diriger les mains vers le bas-ventre, de l’une saisir la boucle de la ceinture, de l’autre retirer la pointe du passant, puis dégrafer le bouton, descendre la fermeture éclair, dégager le sexe et, dans une expiration, commencer à pisser.

Rien à faire.

Ça lui avait coupé la chique, cette histoire d’enveloppe.

Il était certain que les résultats étaient mauvais: il était cuit, tout simplement. Mais il pensait aussi que différer l’ouverture de cette satanée lettre ne changerait rien à la révélation de son contenu. À un autre, il aurait même conseillé d’en prendre connaissance le plus rapidement possible, histoire d’en être quitte. Mais il y a loin du conseil aux autres à l’application à soi, et Camille Vizouchat n’oserait pas ouvrir la lettre de sitôt, il le savait parfaitement.

Il revint à sa cuisine, mâchouilla son solide et habituel petit-déjeuner, les yeux perdus dans le vague; il se sentait un peu lâche. Sur la table, le petit poste radio pointait son antenne à l’oblique et diffusait son bavardage. Le son était clair.

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