Panta Rhei – 1 – Camille Vizouchat

Panta Rhei – 11 – Photo de famille

Jean Vizouchat avait été gazé dans le courant du mois de 1917 et n’avait plus revu le front depuis cet épisode. C’était un grand invalide de guerre qui, dès qu’il était sorti de l’hôpital, avait épousé sa marraine de guerre, une Franco-Belge réfugiée à Paris. Elle était douce et effacée et elle s’appelait Mireille.

Jean était tombé amoureux de Mireille parce qu’elle relevait son chignon comme un chapeau de curé et que cela lui dégageait la nuque. Il aimait spécialement qu’elle se mît à côté de son lit, et voir les rayons du soleil brunir la base de ses cheveux roux. Il la contemplait sans rien dire tandis qu’elle faisait du crochet. Parfois, elle arrêtait son ouvrage, le posait dans son giron, levait le regard sur lui et souriait, une main sur le ventre fécond.

C’était à peu près tout ce que Camille savait de sa mère. Elle était morte de la grippe espagnole peu de temps après sa naissance. Il n’y avait eu rien à en dire de plus.

Veuf inconsolable, Jean Vizouchat avait passé le reste de son temps à s’étouffer et à maudire les Allemands. De santé perpétuellement déclinante, les poumons consumés, il était mort par étouffement en 1928.

Jean Vizouchat n’avait pas eu la force de s’occuper de son fils, Camille, qui avait grandi comme il le pouvait. L’enfant avait alors neuf ans. Trois jours après l’enterrement, sa gouvernante le déposa à Hargnies, où il était né au printemps 1919.

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