Panta Rhei – 1 – Camille Vizouchat

Panta Rhei – 18 – L’angor langueur

Camille feuilleta le Larousse médical durant une bonne heure.

Il survola les maladies avec pitié et complaisance. Il se prenait à trouver des qualités spécifiques aux maladies traditionnelles. Il les trouvait presque attrayantes, parce qu’il en minorait les souffrances et les ramenaient à la concision d’une paisible notice nécrologique, sans rien imaginer de leur caractère épouvantable. À tout prendre, il préférait le délabrement physique, la souffrance charnelle : il se serait senti mourir. Oui, vraiment, il aurait préféré un cancer.  Accident vasculaire cérébral, c’était joli aussi, cela s’épelait avec gourmandise, presque en le scandant.

Mais Camille savait bien que la sensation d’oppression qui naissait dans sa poitrine ne trahissait pas des artères défaillantes.

Il passa sa main sur le front. Quelle dérision épouvantable : toute sa vie, il avait fait front, et c’était là, derrière son front, que quelque chose ne tournait plus rond. Mais sous la pression de ses doigts boudinés par les travaux potagers et l’arthrose, il ne sentait rien de plus que le volet tiré de la peau sur les plis de la vieillesse.

L’effroi le prit à nouveau, suivi d’une profonde langueur. C’était une envie de renoncement, de plus en plus forte.

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