Panta Rhei – 1 – Camille Vizouchat

Panta Rhei – 19 – Et puis après tout

Il n’en avait jamais parlé à personne mais ce sentiment aussi lui était devenu familier. À qui en parler, de toute façon, après ce qui était arrivé à Karim? Les gens mélangeaient tout, ils feraient des parallèles.

Jusque-là, la peur ou le dégoût de mourir avaient été plus forts, mais depuis qu’il avait pris conscience de sa maladie, il commençait à se dire qu’en finir avant serait inéluctable. Une question de dignité.

Camille ne voulait pas perdre pied, il était vivant, conscient. Il savait que tôt ou tard, quand cette saloperie d’Alzheimer lui aurait bouffé la matière grise, il ne serait même plus capable d’y penser. Le suicide, qu’il avait naguère considéré comme la lâcheté suprême, lui dévoilait son principal attrait: mourir conscient de sa mémoire. Il voulait échapper à la panique, à l’irréel, au déni de son existence.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.