Panta Rhei – 1 – Camille Vizouchat

Panta Rhei -2 – L’usine

Là-bas, vers le sud, une usine achevait sa lente agonie. On interrogeait à ce sujet des spécialistes qui se donnaient du cher confrère. Était-ce inéluctable? En vérité, les spécialistes ne pouvaient répondre à la question. Ils sautaient sur place. On aurait dit un groupe de vautours se tenant prudemment à dix mètres d’une bête moribonde, une heure avant la curée.

Maudits spécialistes! Il n’y en avait plus que pour cette engeance. Camille n’avait aucun mal à les imaginer dans le petit studio radio, en cercle autour de la table ronde. En les entendant, doctes et respectueux de la parole d’autrui, Camille se les représentait comme sur un tableau de Rembrandt, coiffés d’un grand chapeau noir de feutre, à la façon des partisans de Cromwell, discourant en termes savants autour d’un cadavre, bénissant in petto le Seigneur de leur donner l’occasion de parfaire leurs connaissances anatomistes.

Et en effet, l’usine moribonde ferait un tout beau cadavre. Elle offrirait à l’amateur de dissection un catalogue presque exhaustif des défauts rédhibitoires à l’entreprise moderne: une petite unité d’industrie lourde, implantée dans une région aux infrastructures étriquées et désuètes, nécessitant pour son fonctionnement un gros volume de main d’œuvre et ne produisant que peu de valeur ajoutée.

– Dans ces conditions, il faut comprendre que la seule solution, ce sera sans doute la fermeture, dit le premier.

– Hélas, car je pense évidemment aux travailleurs et à leur famille. Mais vous avez mille fois raison, c’est probablement inéluctable, répondit le second.

Et blablabli et blablala, il me reste un peu de réalisme et de progrès, je vous les mets?

Bien profond, oui: Camille bouillonnait.

De près les prédateurs
Suivent les charognards.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.