I. Panta Rhei – Camille Vizouchat (1)

Panta Rhei – 23 – À titre d’exemple

Vingt fois, cent fois, mille fois peut-être, l’oncle Arille avait raconté cette histoire. Camille l’entendait encore, soixante ans après. Il poursuivait, racontant aussi l’arrivée de cette baderne d’officier, furieux de la chose, qui avait fait s’écarter les curieux faisant cercle autour du cadavre. L’oncle Arille en était, il avait entendu les jurons du gradé, ses invectives. C’était un capitaine, un jeune aristocrate moustachu, un spécimen à particule et à gants blancs, monstre de bêtise et de témérité, un parmi les mille qui tomberaient dans la première année, chargeant à la tête de leurs compagnies.

Et à ce moment, Arille Vizouchat suspendait son récit. D’un même regard, il captait l’attention de chacun et posait la question :
– Et vous savez ce qu’il voulait faire ?

Et sans laisser à quiconque le soin de répondre à la question, voire de suggérer qu’il n’était pas nécessaire de la poser, il disait :
– Il voulait le faire fusiller ! Môssieu voulait le faire fusiller !

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