Panta Rhei – 1 – Camille Vizouchat

Panta Rhei – 4 – Les jardiniers sont des menteurs

Les jardiniers sont des menteurs, Camille Vizouchat me l’a révélé.

N’écoutez pas leurs explications rose bonbon: ce sont des totalitaires de la chose vivante. Ils ont tous la même motivation cachée, qui est de plier la nature à leur volonté. D’une manière ou d’une autre, il faut que tout soit toujours ordonnancé à leur mode. Ils concèdent rarement que la domestication est un asservissement mais ils jouissent tous d’être des démiurges, même si leur supposé innocent pouvoir se limite à leur carré de roses.

Et à se pencher quelques instants sur leur passe-temps d’esthète ou de philosophe, on est saisi d’effroi. Râteau, binette, sécateur. Là où l’explosion désordonnée du vivant nous laisse entrevoir toute l’exubérance créative de l’empire eucaryote, le jardinier exerce son pouvoir absolu.  Claustration, fragmentation, mutilation.

Le jardin d’Eden est un oxymore parfait, par lequel des millions de maniaques se font passer pour de petits bienfaiteurs. Si nous n’étions pas aveuglés par l’orgueil propre à notre espèce (et somme toute justifié au regard de nos affranchissements), nous percevrions tout de suite à quel point ces deux termes sont incompatibles, que leur association est absurde, que ce mariage est paradoxal.    

Les jardiniers vous parlent d’amour de la nature, de fascination pour le vivant… en vérité c’est tout l’inverse: 
Les jardiniers sont des gardes-chiourme.
Camille Vizouchat était un de ceux-là. 

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