Panta Rhei – 1 – Camille Vizouchat

Panta Rhei – 5 – Camille Vizouchat n’a pas bon caractère

Son jardin était sa fierté: il y passait des heures. C’était une passion qui l’avait saisi depuis son départ à la retraite, et dans laquelle il avait trouvé un peu de la sérénité qui lui avait toujours manqué.

Tout au long de sa vie d’adulte, Camille Vizouchat avait en effet brûlé d’une inextinguible colère.

C’est bien pratique, la colère: c’est le combustible le moins cher qui soit. C’est un sentiment qui se nourrit presque par lui-même. Il n’y a rien à faire de plus que d’y penser pour souffler sur les braises. Camille Vizouchat l’avait appris très vite.

Si bien qu’il n’avait pas été bon mari, bon père ou bon camarade. Il avait utilisé toute son inépuisable énergie à rester aigri, râleur, obsessionnel, braqué.

Des années durant, il s’était emporté pour un rien, quand il n’était pas muré dans un silence désapprobateur. Pourtant, dans ses furtifs moments de faiblesse, il pouvait faire preuve d’une profonde sensibilité et d’une réelle empathie; en somme, c’était un bel exemple de vie gâchée.
À sa décharge, la vie n’avait pas été tendre à son égard. Face à un déluge d’infortunes, Camille Vizouchat avait tenu tête. Mais cela avait été au détriment d’un heureux caractère. Trop intelligent ou trop sensible, Camille Vizouchat avait traversé son existence en serrant les mâchoires et en conspuant les imbéciles.

Arrivé à l’âge où l’existence reprend ses cadeaux comme un enfant jaloux, Camille Vizouchat n’avait rien lâché non plus. À chaque coup du sort, il avait répondu binage, sarclage, plantation: mort de Françoise? il avait défriché un are et planté des framboises; suicide de son fils? on l’avait vu s’acharner sur une couche d’asperges.

Camille Vizouchat était un homme résolu, mais sans humour. Pour son vrai malheur, il était dénué de tout détachement.

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