Panta Rhei – 1 – Camille Vizouchat

Panta Rhei – 8 – Calmer les énervants garnements

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Le vieil homme avait découvert cette peinture au début des années soixante, au hasard d’un voyage à Rouen. Depuis, elle n’avait pas cessé de le hanter et il avait recueilli toutes les informations possibles à son sujet. Dès le début de sa maladie, elle commença d’occuper la place principale dans ses pensées.

Il savait qu’elle avait été peinte en deux exemplaires. Le premier, présenté au salon de Paris en 1881, avait été vendu au gouvernement australien, le second, légèrement modifié, avait été repeint par Luminais pour son usage propre. C’est cet exemplaire qui avait finalement échoué sur les murs du musée de Rouen.

Il savait aussi que l’histoire horrible que le tableau illustrait tenait de la mystification fumeuse, fruit de l’imagination d’un moine. Convenons que le rusé burlut n’avait pas ménagé ses efforts:
Deux des fils de Clovis s’étaient révoltés contre leur père, alors que celui-ci était parti en pèlerinage à Jérusalem, ayant laissé son royaume entre les mains de sa femme, Bathilde. Or, les fils indignes avaient pris le pouvoir et exclu leur mère de la régence.
Revenu au pays, l’ombrageux monarque s’était fort justement courroucé de la trahison de ses fils… Il avait donc décidé de les mettre à mort… Jusque là rien que de très commun.
C’est à ce moment que Bathilde était intervenue. La brave et magnanime maman avait proposé de commuer leur mise à mort en une peine plus légère : on leur brûlerait les jarrets, aux deux garnements, puis on les installerait sur un radeau ; ensuite, eh bien, ce serait au bon gré du fleuve.
Clovis s’était laissé séduire par la proposition. On passe sur l’exécution de la sentence mais bref, il en avait découlé que les deux bonshommes avaient dérivé jusque Jumièges, où ils avaient été accueillis dans un monastère. Là, ils avaient vécu le reste de leur jour dans la sainteté.
Ce qui avait justifié les plantureux dons que l’abbaye avait reçu de la couronne, avait précisé l’imaginatif moinillon. Alléluia! Par ici la monnaie.

Et voilà que des siècles plus tard, à la fin du crépusculaire dix-neuvième siècle, Monsieur Luminais, ce Michelet du pinceau, reprenait le thème, le magnifiait, le sublimait dans une peinture dont il faisait son chef-d’œuvre.

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