Panta Rhei – 1 – Camille Vizouchat

Panta Rhei – 9 – Évariste-Vital et ses intentions

Camille contempla la reproduction. Bien sûr, on était loin de l’original, dont une partie de la puissance tenait peut-être dans les proportions à taille humaine. Le vieil homme détailla une fois de plus les éléments du tableau qui le fascinait.

Il se dégageait de la peinture une impression de flottement qui ne s’expliquait pas. Notamment le plissé étrange de la couverture mérovingienne, laquelle trempait dans l’eau sans être empesée, ce qui ne donnait aucune indication sur le sens du courant. Le radeau se déplaçait-il de droite à gauche -comme la logique narrative l’exigeait– ou de gauche à droite, avec l’estuaire en arrière-plan?

Quelle heure était-il? Que signifiaient ces jeux d’ombre? Pour quelle raison la main du personnage roux ne se reflétait-elle pas dans l’eau? Était-il possible que le peintre n’y ait pas pensé? Forcément non.

Et pourquoi lui? Pourquoi avait-il l’impression que le tableau avait été peint pour lui, comme s’il avait commandé la peinture avec trente ans d’avance sur sa naissance?

Camille se fustigea d’avoir une pensée aussi enfantine. Lui, le rationnel pur jus, qui détestait depuis toujours les églises, qu’il tenait pour des institutions débilitantes, grandes pourvoyeuses d’inepties, indignes de la grandeur de la pensée humaine! Reprenez-vous, Vizouchat!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.