II. Avant l’histoire – Pluies (1)

Avant l’histoire – 17 – L’apparition

En quelque sorte, c’était aussi le propos du professeur dont j’avais hérité le cours.

Selon lui -et des tas d’autres barbichus éminents avant lui- la présence du toponyme « nuton » indiquait systématiquement la présence d’artefacts préhistoriques dans les grottes qui y étaient associées. Et d’énumérer la liste des multiples «trous des Nutons», «rochers des Nutons» qui parsemaient la région: dans chacun, on avait retrouvé des traces d’habitation préhistorique.

J’arrête ici un court instant ma digression sur les nutons. Je promets au lecteur d’y revenir sitôt que possible mais je sens que je perds le cours du propos, comme fait un fleuve en son delta: il faut d’abord que je nous remette comment nous avons commencé cette scène, comment vous m’avez imaginé en discussion avec le mayeur de Gedinne à propos de l’intérêt que les Français ont manifesté pour le fer, et moi qui délire sur les premiers habitants du plateau…

Tout vient du fait que nous nous trouvons en contrebas d’une petite zone tourbeuse, située non loin du lieu-dit Cocole, derrière la vieille scierie de Rienne, le long du ruisseau de Burhé. Il mousine et nous avons allumé du feu. Une fumée blanche et acre s’élève en moutonnant. Didier et moi relevons une étrangeté topographique, qui me fait penser à un site d’orpaillage. Le soir, je rentre chez moi et je remets la main sur une brochure qui explique comment des hommes préhistoriques -Celtes probablement- ont excavé le lit d’une vallée afin d’extraire les paillettes d’or qui s’y trouvaient. Le soir, passablement excité, je vais me coucher; je peine à m’endormir et, lorsque je sombre enfin dans mon sommeil, un nuton m’apparaît immédiatement.

Je me réveille.

Rien à voir que je me suis dit tout d’abord.