II. Avant l’histoire – Pluies (1)

Avant l’histoire – 21 – Le triomphe de la civilisation

Voici mon hypothèse de colonisation de l’Ardenne mosane…

À la fin de l’âge du bronze (vers 1100 avant Jésus-Christ), le peuplement celtique a fini de submerger l’Europe occidentale. Tout a été assimilé à l’exception de certaines petites zones isolées ou spécialement difficiles à exploiter: les massifs montagneux éloignés des voies de communication et les grandes zones forestières, dont l’Ardenne évidemment.

Jusque-là, mis à part quelques promontoires faciles à défendre, placés sur les axes de communication, les Celtes n’ont aucun intérêt à s’aventurer dans la grande forêt. Ils ont entendu dire, par les rares aventuriers qui l’ont prospectée, que le sol y est pauvre et maigre, plus froid qu’ailleurs. Les Celtes savent également que la grande forêt n’est pas entièrement inhabitée. De temps à autre, ils sont au contact avec des populations d’hommes de la forêt.

Ce sont les descendants des premiers pionniers, ceux qui se sont engouffrés sous la canopée à la fin de la dernière glaciation: le véritable peuple premier.

En raison de l’isolement génétique et de l’avantage de la petitesse en forêt, ces hommes sont de petite taille, comme les Pygmées. Ils chassent le gibier, cueillent des baies. De temps à autre, ils ramassent un peu d’or, car ils se sont rendu compte que les Celtes en étaient friands et qu’ils pouvaient troquer le métal contre d’autres ressources. Les échanges sont généralement pacifiques. En cas de conflit, les nutons se réfugient au fin fond de leurs forêts, insaisissables.

La métallurgie du fer va radicalement changer la donne. Les Celtes, désormais maîtres forgerons, ont perfectionné leurs techniques agricoles, mais aussi militaires. Ils montent à l’assaut du plateau, où ils réduisent la population indigène en esclavage.

Il s’agit bien tout d’abord d’expéditions militaires. L’irruption de la civilisation, pour ne pas l’appeler culture plus évoluée, est comme toujours un événement brutal.

Vive le progrès! On tue, on détruit les misérables campements des chasseurs-cueilleurs, on déporte, on instaure le travail forcé. On torture aussi, car il faut savoir où sont les ressources en or.

« C’est là » a dit le chasseur, « c’est là » a dit le chamane. Eh bien vous creusez maintenant, on vous donnera de quoi survivre jusqu’à la saison prochaine. Sinon vos femmes… sinon vos enfants…

Le labeur achevé, la plupart seront morts. Les autres connaîtront un sort à peine moins enviable, ils survivront quelque temps en main d’œuvre servile, décimés par la misère, la malnutrition, la prostitution forcée et l’acculturation.

En somme, ce qu’on voit encore à l’œuvre de nos jours, en une poussée ultime.