III. Plus dure sera la chute – Le ministre n’a pas pu venir (1)

III. Plus dure sera la chute – Il suffira de presque rien (11)

Il n’y a pas de complot : cela n’est pas nécessaire.

Peut-être qu’il suffit juste qu’une ronde bedaine, de morgue pleine, pleine de cette assurance que donnent des siècles et des siècles de victoire sur des soubrettes troussées et des types forts comme des Turcs qui n’osent rien demander mais qui –poussés par leur femme et la misère– y vont quand même et parlent en baissant les yeux, en tripotant le bord de leur casquette et en regardant leurs chaussures… Oui, il suffit tout simplement qu’un de ces types-là –peut-être même pas un salaud, vous savez, peut-être même quelqu’un qui est sincère quand il va à la messe prier pour les nécessiteux et la paix dans le monde, peut-être quelqu’un qui donne de temps en temps à une bonne œuvre, qui pleure en écoutant du Mozart ou qui passe un soir par semaine à préparer un monde meilleur dans une loge, avec son tablier marqué d’un compas et d’une équerre– il suffit qu’un de ces types-là, dont la bonne conscience s’appuie facilement sur une généalogie glorieuse, une grand-mère immigrée ou un mort dans la mine, il suffit qu’un ces types-là éteigne le téléviseur, écrase sa cigarette et dise: «ils commencent à m’énerver, ces gugusses» pour que tout s’arrête.