III. Plus dure sera la chute – Le ministre n’a pas pu venir (1)

III. Plus dure sera la chute – L’heure de Galliffet (14)


J’aimerais tellement penser que les gars du 114e régiment de ligne -à leur tête le lieutenant-colonel Boulanger, le futur brave général du même nom, celui qu’on s’en ira acclamer à la revue du Quatorze Juillet et qui se tirera une balle dans la tête sur la tombe de la Belle Meunière- n’ont pas pris moins de déplaisir que moi avec mon renard quand ils ont fusillé, en guise d’apéritif aux 25.000 victimes de la répression, les 46 civils de la Rue des Rosiers. Et j’aimerais pareillement que les chasseurs à cheval de cette ordure de Galliffet -ce petit Papon du XIXe, cette fin de race maudite qui lorsqu’on le traitait d’assassin répondait: «présent»- aient au moins fermé les yeux lorsqu’ils ont appuyé sur la détente.

Mais j’ai un doute. Je suis maintenant affranchi des massacres: la plupart des assassins commissionnés n’ont aucun remords. Ils ont même toujours de bonnes raisons.

Ceux qui auront fait le sale boulot, ils se mureront dans le silence. Ils attendront que les choses se tassent, que d’autres, plus cultivés, plus lettrés, plus à même de parler, justifient leur obéissance au nom des valeurs de l’État, de l’ordre, du progrès social.

Boulanger, il sera nommé colonel, bientôt général, on le verra prêt à prendre le pouvoir; Galliffet, celui-là le pire de tous, celui-là qu’on espère pour des siècles et des siècles qu’on n’oubliera jamais ce petit nom ridicule, synonyme d’horreur et de compromission, celui-là qui, convaincu de l’innocence de Dreyfus, déclarait tout de même qu’il était obligé de suivre, celui-là, cet homoncule à petite bite qui triait les prisonniers à son bon vouloir:«toi, tu as les cheveux gris, tu as connu 1848, tu seras donc fusillé !», celui-là sera ministre de la guerre de Waldeck Rousseau.

Une évocation de la carrière du fier sabreur en cliquant sur l’illustration

La parole reste toujours aux vivants. Il y a toujours un journaliste du Figaro pour écrire: «On demande formellement que tous les membres de la Commune, que tous les journalistes qui ont lâchement pactisé avec l’émeute triomphante, que tous les Polonais interlopes et les Valaques de fantaisie soient passés par les armes devant le peuple rassemblé».

Il faut tordre le cou aux émeutiers quand ils ne font plus rire. Et rappeler qu’ils ne sont pas des patriotes.

Ce n’est plus l’heure du sentiment. Et autant on s’étourdissait d’un petit vent de liberté, d’audace et de solution alternative, autant on a joué à avoir peur, eh bien, maintenant c’est l’heure de Galliffet.