III. Plus dure sera la chute – Le ministre n’a pas pu venir (1)

III. Plus dure sera la chute – Le peuple qui convient (15)

Un premier article d’abord, paru dans «Grand-Est», au titre évocateur: «Forges de Revin, l’enfer du décor». C’est un trois colonnes en une, avec une photo conventionnelle idéale: les membres de l’équipe syndicale, visages fermés, poings qu’on devine serrés, en plan américain. En réalité, ce sont des ouvriers épuisés à la fin de leur pause, fiers de ce qu’ils sont et de ce qu’ils ont accompli. Mais c’est une bonne illu, parfaite pour le propos, si l’on sous-entend que ces travailleurs de force sont des brutes.

Cliquez sur la photo pour parcourir le portfolio d’Alphonse Sénard consacré aux ouvriers de Bogny-sur-Meuse.

Et pour ce qui est de celui-ci, c’est le catalogue de la dénonciation. C’est un ouvrier, resté anonyme -en raison des pressions et du péril qui pèse sur lui qui s’exprime. Il narre les intimidations, dénonce la brutalité, suppute la volonté révolutionnaire, livre le grain à moudre.

Comme j’écris cette phrase, j’ai à côté de moi, posée sur mon bureau, au milieu des papiers épars que j’ai hérité de Camille, la coupure de presse. Le papier est tout jauni, presque déchiqueté, je comprends bien qu’il était énervé quand il l’a découpé.
C’est comme si je l’avais à côté de moi, le vieux, comme si j’entendais ses phrases posées, nettes, tranchantes. Comme si j’entendais cette voix calme, posée, éraillée me décrypter ce texte, en révéler toutes les nuances fétides, avec la suite connue, comme s’il mettait le doigt sur le premier point de la macule. La flétrissure est tout entière dans le premier sous-entendu.

Après il y a dix articles du même tonneau, qui scandent le prétendu retournement de l’opinion.

L’opinion, c’est le peuple qui convient, la majorité qui sent bon, la conscience raisonnable.
Voyez le peuple! regardez-la, cette bête vociférante et sale, nippée de bon marché, ce ventre gonflé par la bière et la saucisse industrielle, cette masticante, cette vulgaire bouche, à l’haleine chargée, au propos stupide. Ce sexe qui pisse dans la rue, cette main qui frappe son enfant, ce poing qui conspue, ce vandale qui déboule. Vous voulez en être? C’est cela que vous voulez?

Vous préférerez sans doute que l’on vous range au rayon de ceux qui pensent, qui ont des idées nobles, de la culture, des préoccupations supérieures?

Il n’y aura pas d’alternative: ce sera noir ou blanc.
Il faudra adhérer à l’opinion.
Voter Galliffet.