III. Plus dure sera la chute – Le ministre n’a pas pu venir (1)

III. Plus dure sera la chute – Chute et fin (17)

Ce jour-là, comme de plus en plus souvent, Karim était soûl comme un Polonais. Son sang n’avait fait qu’un tour. On avait vu se lever sa grande carcasse vociférante, on avait vu ses gros bras de travailleur de force fendre la foule des anciens camarades, on avait vu cette bête furieuse agripper le petit Ganelon au collet.

– Tu vas fermer ta gueule, maintenant ! C’est ce qu’il avait eu le temps de hurler avant qu’une main amie se pose sur son épaule.
– C’est bon, Karim, on perd notre temps, allez, viens, on s’en va. Viens, allez, viens.

Au camarade, Karim avait répondu qu’il avait raison, qu’il ne perdrait plus jamais son temps. De ce jour, on ne le vit plus à aucune réunion –de toute façon, il n’y était pas invité. Il assista de loin à l’arrivée du providentiel repreneur, tenta d’avertir à l’une ou l’autre reprise qu’il ne le sentait pas et puis, finalement, Karim s’était effacé dans l’alcoolisme et la rancœur.

Karim ne revint aux Forges qu’une dernière fois, le jour de la réouverture officielle, et il s’esbigna avant la fin du discours. Le ministre n’a pas pu venir, quelle blague!

Et lorsqu’on avait vu, quelques jours plus tard, s’envoler des corbeaux au pied de la falaise, on avait compris que tout était bien fini.

Découvrez dès demain le prochain épisode du quatrième chapitre.
Les éléments se mettent petit à petit en place, mais nous ne savons toujours pas qui est le narrateur, et ce qui lui a valu la prison...