III. Plus dure sera la chute – Le ministre n’a pas pu venir (1)

III. Plus dure sera la chute – Karim sur le quai (2)

Le faux tumulte qui saisit les gares de province fit place à un silence blafard, plus conforme à la tristesse naturelle du lieu. Il faisait poisseux, avec une impression de solitude aggravée par l’éclairage falot des quais. Au loin, des ouvriers devaient taper sur des rails: on entendait comme résonner le métal. Un chien y répondait.

Il ne pleuvait plus mais l’air ne s’était pas asséché pour autant, comme si le nuage s’était affaissé dans l’entaille profonde de la vallée.

Le train était passé depuis une bonne dizaine de minutes, quelques voyageurs en étaient descendus, vite engloutis par des voitures qui stationnaient avec le moteur en marche. Karim avait pris le temps de s’asseoir quelques minutes sur un banc, puis il avait quitté les quais, traversé le fleuve et rejoint le village.

Camille me raconta souvent comment il l’imaginait s’esquivant furtivement avant la fin du discours. Pour ne pas ajouter l’humiliation à la défaite, pensait-il.

Donc, Karim sort de l’usine par la grille principale. Dans la cour, on l’a salué quand même -il y a des solidarités-, mais le coeur n’y est pas. Il lui est facile de limiter les salutations à un signe de la main. Karim marche les épaules engoncées, comme il le fait depuis qu’il est petit, avec les bras appuyés sur les poches –on dirait presque qu’il va tomber quand il marche. Il presse le pas.

On ne le reverra plus: il passe par une épicerie où il achète une bouteille de whisky, se dirige vers la gare et saute dans l’omnibus de la Meuse.

Qui le dépose à Haybes où nous venons d’évoquer son arrivée…