III. Plus dure sera la chute – Le ministre n’a pas pu venir (1)

III. Plus dure sera la chute – Tout seul à Robinson (4)


Dans un café, Karim avait commandé deux mauresques, qu’il avait bues coup sur coup. Il avait payé et puis il avait remis son portefeuille dans sa poche. (C’était possible qu’il avait déjà bu avant, parce qu’il avait peut-être la diction un peu pâteuse, mais il tenait bien, vous savez.)

On l’avait vu retourner vers la porte, l’ouvrir et souhaiter le bonsoir. «Salut Karim» avaient répondu les quatre habitués. Ils l’avaient laissé partir, le nez replongé dans leurs cartes.
Les patrons, cela avait été pareil. Karim avait la main sur la porte, il ne s’était pas retourné mais quand il leur avait dit bonsoir, ils lui avaient répondu: «Oh Karim, t’es sûr que tu veux pas rester un peu avec nous?». Karim n’avait pas répondu. On l’avait vu disparaître dans le
crachin, droit devant lui.

Ensuite, il avait emprunté la route qui monte vers Robinson. Une montée raide, sans concession, le plus souvent rectiligne, qui démarrait au pied du monument aux morts. Un bonne demi-heure d’ascension, compte tenu du souffle court -cause à la clope et à la bibine.

C’était tout ce qu’on avait su.
Ensuite, il s’était évaporé.

Lorsqu’on l’avait retrouvé quelques jours plus tard, fracassé au pied de la falaise, les corbeaux, qu’on n’avait plus vus dans la région depuis des années, avaient déjà commencé à le picorer.