III. Plus dure sera la chute – Le ministre n’a pas pu venir (1)

III. Plus dure sera la chute – Naissance (8)


Karim était né durant la guerre, en 44, en Ardenne belge, sur les hauteurs de Marche-en-Famenne.
Nous y reviendrons mais il faut retenir ceci : c’était au pire moment de la pire des pires des merdes. Exactement, au micro-poil près, en plein merdier ; dans la plus noire misère, et à l’instant précis où la sale bête, dans un ultime sursaut, fourrait une dernière fois son groin motorisé dans la vieille forêt. Plus haut, dans les confins du pays gris et blanc, les
rangs américains s’étaient un temps disloqués sous la poussée. Les Boches s’étaient glissés entre les lignes et, une fois leurs crocs plantés dans le ventre mou de l’armée américaine, s’étaient échinés à l’étriper.

Il faisait un temps de neige et de brouillard mais à Versailles, les ronds de cuirs et les galonnés, bien au chaud dans leurs fauteuils capitonnés, n’avaient pas cédé à la panique. On avait fait appel à Patton, brute et pompier en chef, qui était remonté dare-dare de la Lorraine, avec ses gros sabots pleins de sang et sa crosse de pistolet en ivoire.

Et donc, pendant que les colonnes blindées descendaient le long de la Meuse, il y avait une dame qui accouchait dans une cuisine près de Marche-en-Famenne. C’était à peine si on ne lui avait pas demandé de se presser un peu – histoire de pouvoir se mettre à l’abri si les Boches se repointaient.

Mais la colonne nazie n’était pas allée plus loin. L’essence était rare : elle avait enlevé Libramont puis s’était ruée au plus plat vers la Meuse. On l’avait pulvérisée à Celles, où elle était tombée en panne sèche. Cela avait été le dernier soubresaut du malheur.