Chapitres XV

Le dîner aux chandelles

Voici donc l’affrontement. D’un côté, notre héros, Norbert. Un brave homme, pas toujours facile, un peu dispersé parfois, spécialiste du plan foireux mais fidèle en deux choses: l’amitié et la paternité. De l’autre, notre héroïne, si nous pouvons user de ce mot pour cet être du beau sexe (du très beau, même) qui est à la fois la fastueuse marquise Christine de Jussieu-Fronsac et l’inquiétante Ninon la Mort. Arrêtons le jeu de paume et passons à d’autres jeux, jeux de l’amour et du hasard, jeux de dupes ou double jeu?

Les deux laquais en grande tenue, la vaisselle fine et les chandeliers garnis de cire d’abeille ne furent pas suffisants pour réchauffer l’atmosphère. Le dîner avait commencé dans une ambiance glaciale. La table avait été dressée dans la grande salle du château, froide et nue, pour deux personnes. Norbert y était entré seul et installé à sa place d’un geste parfait du laquais le plus âgé. Son dîner avait commencé par une attente de quelques minutes. Finalement, la marquise de Jussieu-Fronsac était arrivée vêtue d’une robe somptueuse, taillée dans un velours rose, rehaussé par des broderies d’or et de soie. Elle avait les épaules nues et les seins presque découverts, rehaussés par un corset terminant en pointe. Ses cheveux, coiffés en chignon, étincelaient des perles qu’on y avait semées. Cependant, malgré la richesse du décor et de son costume, il n’y avait aucune trace d’afféterie dans son attitude: elle semblait aussi naturelle que possible. Elle fit sa révérence, vint s’asseoir en face de Norbert, lui sourit et attendit.

Si l'amour vous tente et que vous le cherchez depuis longtemps, le deux vous séduira.
Si décidément rien n'est simple et que tout se complique, le trois s'imposera.
Si la vérité ne vous dérange pas même quand elle vous chagrine, le quatre s'indiquera.

Chapitres XIV

Enfin vint le tournoi

La semaine passée, nous, lecteurs de tous genres (en ce compris l’appartenance sexuelle) et auteurs du même genre, unis autour d’un même but, comment finir cette histoire de pirates où l’intrigue se resserre en fin de compte sur deux personnages, Norbert Lachassaigne et Christine de Jussieu-Fronsac, qui se disputent un enfant, Antoine, fils de Norbert et enlevé par la châtelaine de Montmaur, dont le côté sombre est celui de l’impitoyable Ninon la Mort. Deux êtres que tout oppose mais…

Mais c’est justement là où tout se complique. La réunion Zoom prévue n’a rien arrangé. Ah, il aurait fallu que vous y participassiez! Ils m’appellent le scribe. Vous pourriez dire le narrateur. Ils ont d’ailleurs des réminiscences proustiennes, nos chers auteurs. Rien d’étonnant quand on sait que l’un d’entre eux se fait appeler Charles Swann. Mais il y a aussi Frédéric Moreau, Jean Valjean, Edmond Dantès, Julien Sorel, Étienne Lantier et Manon Lescaut, qui ajoute une touche féminine à cette assemblée velue. Et tout ce bon peuple n’a pas réussi à s’accorder. Après de longues négociations, ils ont fini par élaborer un plan machiavélique. J’ai eu beau leur dire qu’il était aussi foireux que les plans généralement ourdis par Norbert, ils se sont retournés vers moi et m’ont dit, “voilà, le scribe, à toi de te débrouiller!”.

Une belle histoire se termine bien, non? En moins de deux va sur le deux.
Le yin et le yang, c'est un peu court, jeune homme! Il a des nuances, prends la troisième voie et clique sur le trois.
L’œuvre au noir, ne vous coupez pas en quatre, c'est le numéro gagnant.

Chapitre XIII

Vie et mort d’Augustin Rebuffat

Où en sommes-nous? Cette question est valable pour tout être vivant tant soit peu doué de raison, mais ne philosophons pas trop longuement en tentant un parallèle entre l’existence et le feuilleton. Pourtant les points communs entre les deux ne manquent pas, ce qui, concédons-le, est assez bizarre pour des parallèles. Mais ni la vie ni l’écriture ne répondent à la logique euclidienne.

Le grand nettoyage du livre second est en cours; il reste peu de personnages, adieu Veyrand, adieu Cronfestu, adieu Mafumba; les projets de l’aurore – trouver un trésor de pirates – ont dérivé vers d’autres quêtes, les personnages subsistants ont évolué et comme en ce bas monde, quand ils croient serrer leur destin, ils le broient. Sans compter non pas l’imprévu – qui n’est pas à confondre avec l’imprévisible: tout un chacun sait que même quand il ne se passe rien il peut, il va se passer quelque chose – mais ce que le destin nous apporte. Dans le dernier épisode, soudain, un second fils a surgi dans la vie de notre héros, Norbert Lachassaigne. Sa mère ne porte pas de prénom et le petitou non plus; toutes les données dont nous disposons, vous comme nous, lecteurs et lectrices d’un côté, auteurs de l’autre (n’en tirez aucune conclusion genrée, nous détestons l’écriture inclusive), c’est qu’il est le fruit d’une rencontre éphémère, au Mas-Rebuffat, entre notre héros, Norbert Lachassaigne, revenu là enterrer son ami Augustin Cronfestu, et une des filles du hameau, la seule en vérité à mériter le coup d’œil et de nature à apaiser les tourments existentiels, l’espace d’une étreinte, d’un homme aux plans foireux mais à l’esprit droit.

Nous osons espérer qu'à force de vous le répéter, vous savez désormais que la suite de l'histoire s'obtient aisément en cliquant sur le 2 plutôt que sur le 1. Vous voyez bien qu'il n'y a ni 3, ni 4, ni 5, tout de même! Et la page 1, en fait, vous êtes dessus sans même vous en apercevoir.