Chapitre VIII

Les petits papillons de La Pogne

Devenu scandaleusement riche grâce à un héritage de ses parents adoptifs qu’il détestait, notre héros, Norbert Lachassaigne, a les moyens de faire savoir à Ninon la Mort de quel bois il se chauffe quand on lui vole son fils et qu’on lui refait le coup qu’il a vécu. Tout va bien? Mais allons jeter un rapide coup d’œil à Montmaur pour voir comment les choses se passent avec l’enfant volé. Et – stupeur – là aussi, tout va bien. En apparence.

Or donc, tandis que notre héros, plus résolu que jamais à récupérer son fils, prenait la route vers Toulon, afin d’y débaucher quelques larrons rescapés de la chiourme, un homme se faisait annoncer chez la châtelaine de Montmaur – détail d’importance, il avait la tête entourée d’un énorme bandage, ce qui lui donnait la silhouette d’un ballon posé sur un valet de nuit. La belle Christine de Jussieu-Fronsac était d’excellente humeur et sourit à cette vision incongrue. Elle venait à peine de prendre sa collation et se trouvait encore dans la grande salle à manger, vaste pièce aux boiseries peintes dont le mur du fond était à moitié mangé par une immense cheminée (on eût pu y rôtir un bœuf entier, ce qui permettait, l’hiver venu, de s’y blottir auprès du feu). Madame la Marquise avait passé joyeusement l’après-midi avec Antoine. Tout allait très bien. Elle trouvait que ce début d’automne était formidable. Délicate et parfumée, elle rayonnait dans sa belle robe de taffetas émeraude. Depuis quelques semaines, les relations avec l’enfant s’étaient d’abord brusquement apaisées, avant de connaître une amélioration que la ravisseuse n’espérait plus.

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Chapitre VII

Devenir scandaleusement riche

Norbert Lachassaigne a dû provisoirement abandonner les manœuvres agricoles de récupération de son fils Antoine, craignant que la maréchaussée ne lui demande des comptes sur un malheureux incident alors qu’il s’était engagé comme cueilleur de pommes dans les vergers appartenant à Ninon la Mort et qu’un petit chef zélé et soupçonneux essayait de lui voler quelques pièces d’or cachée dans un repli de sa chemise déposée sur la berge de la rivière lors d’un bain rédempteur.

Depuis sa fuite précipité de Veynes, Norbert n’avait pas perdu une minute. Il avait atteint Gap au bout de sa première journée de marche. Il s’y était lavé, rasé et habillé de neuf. De là, par la diligence, il avait suivi le cours de la Durance jusque Sisteron puis avait obliqué sur Aix, avant d’atteindre Marseille, au bout de la semaine; à nul moment, on ne lui avait posé de question; aucun incident n’avait émaillé sa route.

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Chapitre VI

Les dangers de la baignade

Digestion terminée – reprendrez-vous un peu de cuissot (ou faudrait-il écrire cuisseau?), capitaine? – retournons vers Veynes où notre héros se trouve désormais, toujours dans la quête de son fils, enlevé par Ninon la Mort qui l’estime sien.

Un franc soleil, presque encore à la verticale, fracassait les toitures de la ferme. Les murs, crépis de blanc et ocre, réverbéraient dans la cour un air chaud, poisseux, pesant comme un licol. Le vent d’Afrique s’était d’abord insinué, depuis le littoral, dans toutes les échancrures du massif alpin. Comme saules et trembles tintinnabulaient joliment sous ce courant printanier, on y avait à peine prêté attention. Puis cet assaut anodin, plaisant – bien confortable au fond, à la période où les premiers froids engrinchaient d’ordinaire les frileux vieillards – cet assaut anodin s’était transformé en une vague brûlante, qui subjuguait tout sur son passage et colorait de rose le sommet des glaciers.

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